Valentine Umuratwa
Posted by conwaypg | 9 Jan, 2008Mon nom est Valentine, je vivais avec ma famille à Gikondo. C’était pendant les vacances, un certain mercredi du mois d’avril 1994, j’étais avec maman et papa lorsque nous avons entendu que l’avion du président avait été descendu. Par la suite, on entendait des tirs nourris d’armes partout dans la ville de Kigali et on ne pouvait sortir.
Ma sœur et mon frère avaient fui en passant par dessus la clôture. Nous sommes restés moi et maman et avons décidé de prendre refuge à la Croix-Rouge. Arrivées à la porte de la Croix-Rouge on nous a empêché d’entrer nous sommes restées dehors jusqu’au jeudi matin c’était le 8 avril je me souviens. Le matin, les gardes présidentielles et les interahamwes sont venus, ils ont constitué des groupes, moi et maman étions dans le groupe qui devait être tué par les interahamwes. Ils nous ont aligné et ordonné de nous coucher par terre. En nous couchant maman m’a dit de me coucher pour qu’elle puisse me protéger et mourir avant moi. Ils ont commencé à tirer et à jeter des grenades, ma mère est décédée sur le champ, je pouvais voir ses intestins et son crâne fracassé laissait voir le cerveau.
Après les tirs, le sang coulait partout, j’étais entouré de corps, j’ai rampé pour quitter cet endroit et j’ai entendu quelqu’un me demander « tu es vivante ? » et je lui ai répondu : « je suis vivante, mais ma mère a été tuée ». Ils m’ont dit de partir avec eux. C’était un pasteur nommé Bizimungu et sa femme, ils étaient hutus. Je leur ai demandé si nous allions laisser le corps de ma mère là bas et il m’ont répondu que c’était fini pour eux qu’à ce moment il fallait partir. Nous sommes partis chez eux avec d’autres qui avaient survécu. J’ai appris par après que cette famille a des liens avec le premier président après le génocide.
Chaque matin, je voyais le corps de maman, par après ils ont brûlé ces corps ce que je pouvais faire c’était de couvrir le corps de maman, je l’ai couvert de draps, c’était le 15 je me souviens. Ils ont commencé à menacer les hutus qui cachait les tutsis et j’ai décidé de prendre fuite, j’ai vu un camion qui transportait des zaïrois qui partaient chez eux et je suis parti avec eux. Nous avons pris la direction de Kacyiru et à la barrière les interahamwes nous ont fait descendre. Il y avait parmi eux un interahamwe qui me connaissait, sa sœur était une camarade de classe. Les autres lui ont demandé pourquoi il parlait à une tutsie, l’interahamwe qui me connaissait a menti « seulement sa mère est tutsie, son père est hutu ». C’est ainsi que j’ai survécu pour la deuxième fois et ils ne m’ont pas pris avec d’autres qu’ils allaient tuer.
Le même qui a menti pour me sauver a encore dit aux autres interahamwes : « cet enfant si elle continue seule son chemin elle va être tuée ». Ils lui ont dit de m' accompagner, il m’a emmené là où ils protégeaient leurs familles. Comme il leur avait dit que j’étais hutue, je suis restée là bas jusqu'à la prise de la ville de Kigali par les troupes du FPR. Par après, j’ai appris que mon frère était toujours vivant et qu’il était à Goma.
En ce qui concerne les juridictions Gacaca, une chose positive : les innocents sont relâchés.